Gardiens de Jean François Tiers

Il y a un grand nombre d’années, un cinéma qui n’existe plus, proposait aux  passionnés, de longues nuits thématiques accompagnées de débats et de mini-conférences animées par des tout aussi passionnés mais qui arboraient  le plus souvent les prestigieux galons de professionnels confirmés ou d’amateurs éclairés (journalistes, auteurs, réalisateurs, critiques et même parfois professeurs).   Je ne ratais jamais les nuits de la SF. Nous étions dans la seconde moitié des années 70. Starwars venait de débarquer en France, engendrant un nouveau spécimen de fans de SF.

Souvenir d’une nuit mémorable.

Les deux premiers films projetés, assez faciles d’accès, genre western galactique ou chroniques post apocalyptiques, trouvent aisément leur public. Les débats ne sont pas inoubliables mais assez animés. Chacun y va de sa vision de l'an 2000. 

Lors de » la projection du troisième film, la salle peu à peu se vide. Quelques dormeurs se mettent à ronfler.  Réflexions entendues :

 « c’est long ! Il ne se passe rien !

Je perçois même, ho stupeur un commentaire qui se résume plus ou moins à ça

« Ce film, c’est le pire nanar SF que j’ai vu ! »

Accrochez-vous, cet âne bâté d’adolescent boutonneux parlait ainsi de l’un des plus grands chefs d’œuvre de la science-fiction : 2001 l’odyssée de l’espace. J’avais le choix entre défaillir ou insulter copieusement cet ignare décérébré. Il faut préciser que je visionnais pour la dixième ou quinzième fois ce monument cinématographique et philosophique. Plus que fan, j'étais disciple. 

 Le débat qui s’en suivi, même si nous n’étions plus qu’une vingtaine d’irréductibles dans le cinéma, fut passionnant. Il était animé par un journaliste scientifique, écrivain de SF dont j’ai oublié le nom.

 Pourquoi ce long préambule dans lequel je raconte ma vie ? 

Gardiens de JF Tiers  appartient à cette famille d’œuvres ambitieuse, dont l’intelligence du  propos fera fuir ceux pour qui la SF se résume à une suite de guerres galactiques ou de combats aux sabres lasers. 

Comme lors de cette soirée thématique, ils liront, tant bien que mal la première partie, espérant une suite plus "boum-boum" puis, de guerre lasse, ils se lanceront dans  la production de commentaires désobligeants. Le lecteur décrocheur critique souvent ce qu'il ne comprend pas. Ce n'est pas de sa faute à lui s'il ne pige rien, c'est forcément de celle  de l'auteur… Cette dernière phrase résume d'ailleurs assez bien l'un des thème du récit.

Ce bouquin,  est, à l’instar de 2001, une œuvre philosophique avec pour cadres les infinis, qu’ils soient intergalactiques ou microscopiques. Les questions qu’ils soulèvent sont d’aujourd’hui mais anticipent brillamment celles d’un demain pas si éloigné que ça.

Josep, comme David Bowman, vit malgré lui, la plus formidable aventure humaine de tous les temps, 

Comme Hal 9000, Mod tente de comprendre la vie en s’efforçant d’admettre  l’existence de cet Autre.  Ce pas comme lui  qui a pourtant  le droit d’exister dans sa propre dimension.  

Une créature  presque divine, au savoir infini et à l'âge plus que canonique, peut-elle, par ignorance ou par simple peur, devenir dangereuse pour des êtres infiniment plus faibles qu’elle, prisonniers qu’ils sont de leur petit système solaire et dont elle n’a pas vraiment conscience ?

Tout ça n'est que prétexte à cogiter… Alors, cogitons amis passionnés !  

Il y aurait tant de choses à dire, tant d’images et d’idées à interpréter.  Chaque lecteur vivra cette démarche  de façon personnelle, bâtissant  sa propre interprétation. Aucune ne sera juste, aucune ne sera fausse. 

Parfois, l’interprétation que l’on peut construire autour d’une œuvre, dépasse l’auteur lui-même.

 Tiers écrit à deux mains… 

Il a la patte du scientifique qu’il est, celle qui nous en met plein les mirettes de son savoir,  celle qui nous fait dire parfois… : 

« Fais moins de notes , professeur, on a du mal à suivre ton solo de virtuose » 

Mais il a aussi la patte de cet éternel ado fan de SF un peu naïf qui nous émeut, nous fait sourire tout en nous  passionnant… Et puis en prime, genre cerise sur le gâteau,  Prof Thiers  maitrise  le verbe, le style, l’humour, les références, l’auto dérision, et aussi  ce sacré dictionnaires de citations maison enrobant d’un léger acidulé savant et mystique   l’ensemble de cette entité créatrice.  

Toute cette machinerie, exploratrice de mondes étranges et non répertoriés, font de ce livre un ouvrage qui, si certains décideurs se donnaient la peine de regarder un peu à l’extérieur de leur cadre formaté, pourrait devenir un véritable classique du genre. Un scénario sur lequel les successeurs de Kubrick, s’ils existent, aimeraient se jeter, dans l’objectif de proposer à cette première moitié du 21° siècle, LE film de Science-Fiction de référence, comme le fut « l’odyssée de l’espace » en 1968 et plus récemment une œuvre comme « Interstellar », écrite par le physicien Kip Stephen Thorne… Pour ne citer qu’elle.

Donc, pour conclure, amateurs de « bzzzim, baoum, sweeezz » et autres onomatopées inaudibles dans le vide spatial, je ne vous en veux pas, mais ce bouquin n’est pas pour vous sauf si bien sûr vous faites l’effort de sauter le pas.  Quant aux autres, vous pouvez partir en toute confiance, mais à vos risques et périls,  pour un voyage aux limites de l’univers, aux limites du connu, aux limites des frontières de l'humain et de l’infini. 

Le voyage sera long, le temps est relatif. Le retour incertain, mais qu'est ce que la certitude ?   Longue vie et prospérité cousins  humains !  

Si vous croisez le Discovery, celui de 2001, pas celui plus récent de Star trek, dites-vous bien que Hal 9000 est encore à bord. Rappelez-vous alors cette pensée essentiel:

 « Je pense, donc je suis ». 

Vous verrez cet être pensant, Hal, si incomplet dans sa perfection, d’un autre regard. Mais surtout vous comprendrez que ce livre est bien plus qu’un simple bouquin de SF… C’est du droit de vivre dont il traite. C'est un thème universel… Et dans le mot universel se cache le mot univers  ! 

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