Il y a toujours un piano quelque part d'Olivia Jones

Ce bouquin se déguste à la façon d’une recette habilement poivrée sucrée qui mariant différents ingrédients certes individuellement peu originaux mais savamment combinés par le malicieux talent culinaire de l’auteure, dresse un plat plutôt agréable à savourer, peu commun et surtout diablement positif.

La gentillesse et la simplicité d’une histoire tendre, ça peut donner un bon coup de couleurs à la grisaille ambiante. Et bigre que ça fait du bien de se laisser aller à sourire candidement sans redouter l’horreur d’un nouveau drame (ou d’un nouveau meurtre selon les cas) à chaque nouvelle page.

À vos tabliers, cuisiniers en herbes, voici les ingrédients !

Vous prenez un aimable petit revenant débutant, genre Prosper le gentil petit fantôme, qui une fois devenu entité invisible aux yeux des vivants, n’a qu’une idée fixe pour occuper son éternité, aider ses ex-semblables à connaître ce qu’il a sans doute toujours ignoré de son vivant : Le bonheur.

La tâche n’est pas simple et il est plutôt maladroit l’apprenti ectoplasme. Taquin aussi. Il ne loupe jamais une bonne blague bien potache.  Le Seigneur doit l’avoir à la bonne, il lui laisse pas mal de liberté… Et l’autre, éternel gamin qu’il est, va en profiter sans vergogne.

Cependant pour lier la sauce, il est  primordial de rajouter au spectre, une pincée de « Joséphine ange gardien », ce qui relèvera l’humour, les pouvoirs peu maîtrisés du personnage et surtout sa mission d’entre deux : Venir en aide aux mortels qui en ont bien besoin !

À cette base fantasmagorique et bien peu effrayante, vous incorporez une solide proportion de « Chers voisins ». Vous savez la série TF1. Les relations de voisinage des habitants d’un immeuble plutôt vétuste qui se croisent sur les paliers décatis,  donneront le fumet nécessaire à l’ensemble de la préparation. Tous ces gens enrichiront de leurs vies et de leurs personnalités complexes la saveur du plat.

Avant cuisson, et afin de pimenter comme il se doit le mélange des saveurs, vous saupoudrez d’une généreuse pincée d’un extrait insupportable de vieille bonne femme aigrie et acariâtre, propriétaire de l’immeuble qui en fait voir de toutes les couleurs à ses locataires. Choisissez la spécialité « Tati Danielle » mais version prolétaire sans éducation, dépositaire d’un terrible secret.

Hé oui ! La méchanceté n’est jamais gratuite. La laideur, celle de l’âme, non plus. D’ailleurs, une âme n’est jamais noire de naissance. Si sombre est son apparence,  elle ne peut qu’avoir été repeinte par un drame passé. Reste à savoir lequel.

 Jetez sur la sauce en ébullition, en désordre anarchique et au rythme de vos envies soudaines, un mélange savant de beaux gosses talentueux mais bien sûr sans un rond, de maris volages, de bourgeoises névrosées et allumées, de femmes trompées ou abandonnées, de couples sans amour, de SDF en goguette, d’écrivaines torturées et esseulées, de flics retraités désabusés et bedonnants.

Bref, tout un panel de loosers de vie comme il en existe tant dans nos immeubles parisiens ou provinciaux et qui rempliraient l’escarcelle  d’un psy en mal de patients, si tous  se donnaient la peine de consulter.

Dans un pot scellé, qu’il ne faudra surtout pas oublier de soigneusement refermer, puisez une bonne grosse portion de solitudes non partagées, de malheurs en dépôts longue durée, de regrets, d’erreurs, de désespoirs.

Ha ! Un détail ! Ne soyez pas surpris, si parfois, comme poussé par le vent, une sorte de trou normand théâtral, triste et bien écrit, qui se lit comme un dialogue de scène, vient se poser malgré vous, en plein cœur de la préparation.

Je vous conseille de déguster l’italique interlude, puis de reprendre la préparation en enfournant à four de plus en plus chaud. La fraicheur de l’écriture bienveillante s’occupera du reste.

Notre fantôme est maladroit. Nos locataires trainent des casseroles si pleines de douleurs, si lourdes à porter ! La cuisine n’est pas chose aisée lorsque l’on veut qu’elle soit bonne et partagée. Il faut insister !

Mais petit à petit, l’oiseau fait son nid. Grâce à qui ? Grâce à quoi ? Au contenu de cet imposant bocal d’espoir, genre pot de miel sucré. Mélange de tendresse, d’humour, de positivité. Une pâte possédant la saveur d’un rêve fou, celui qui tente de nous faire croire que les gens, même les plus torturés, peuvent changer avec l’aide des autres, ces autres qui aussi ont besoin d’eux pour pouvoir espérer à leur tour se transformer.

On est chez les bisounours me direz-vous ? C’est possible, Tant pis ! Ces marrantes petites bestioles à croquer sont bien plus mignons que les hideuses  poupées Chucky et surtout bien plus cool.

Ce livre a le grand mérite et la modeste ambition de vouloir donner l’exemple. De nous dire, finalement, ce gentil petit fantôme qui vient se mêler de ce qui ne le regarde pas, nous le cachons tous en nous. Si bien enfermé dans notre fierté, solitude, orgueil, confort désœuvré ou simple habitude, (cochez la case correspondante) qu’il ne peut plus s’exprimer. Alors bien sûr, on ne l’entend plus le Prosper. On laisse faire nos bas instincts.

C’est peut-être naïf cet étalage d’humanisme et de bonté, c’est sans doute aussi improbable, mais on se prend à espérer que c’est parfois possible, trop rarement certainement.

Il arrive que l’écriture devienne chaotique, comme la vie de ces personnages. Il faut, de temps à autre revenir en arrière. L’auteure semble tellement savoir ce qu’elle veut nous dire, qu’il lui arrive parfois d’oublier que nous,  pauvres lecteurs-témoins muets, nous ne savons pas où elle nous entraîne. Alors on se perd dans le dédale des histoires qui se croisent et des prénoms qui se ressemblent.  Puis on se retrouve, avec son aide.

La fin est prévisible, tellement prévisible qu’elle est attendue, guettée, presque espérée. On en refuserait une autre !

Pourtant, on craint un drame. Il est là, omniprésent, toujours possible. Ce genre de petit drame sans importance pour le monde, mais si grave pour ces anonymes qui au fil des pages sont devenus  nos amis.  Comme le fantôme, on a joué les voyeurs, on les connait par cœur.

C’est vrai, on a peur d’en perdre un, ou plusieurs.

Je ne dirai pas si ce drame intervient, il vous faudra lire l’ouvrage pour le savoir. Et ce ne sera pas un effort, le livre se consomme facilement.

Enfin, pour conclure, quel genre vais-je attribuer à ce livre ? Franchement, je n’en sais rien. Il est évident que nous ne sommes pas dans un polar, nous ne sommes pas dans l’humour non plus, nous ne sommes pas dans la romance, nous ne sommes pas…

Bref !

Nous lisons de simples chroniques, contées par un petit bonhomme de 17 ans qui trop tôt, quitta notre monde des vivants si imparfaits et pourtant si pleins d’espoirs quand on prend le temps… D’espérer. Lui, le héros malgré lui, a toute l’éternité pour comprendre ça… Et pour nous aider à comprendre à notre tour, un jour que le simple bonheur se cueille comme une fleur, il faut savoir pour cela faire un pas de côté pour quitter un chemin mal tracé.  

Quoi qu’il en soit, quand on le rejoindra, il sera trop tard. Nous hanterons alors les gens que nous aimons, pour continuer à les aimer. 

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