Intersections de Laure Morel

     Disons-le tout de go, que ce soit au ciné ou en littérature, le thriller saturé d’hémoglobine, option psychopathe déjanté, mais à l’imagination délicieusement fertile quand il s’agit de torturer de pauvres femmes victimes de leur beauté, ne constitue pas réellement ma tasse de thé. Courageusement je l’avoue, à chaque diffusion du « Silence des agneaux » je commets le crime de lèse-majesté de zapper avant le terme de la première demi-heure. Non pas que l’excès de plasma sauce tomate me dérange outre mesure, en fait, je m’ennuie. Eh bien, je le claironne ici, tête haute et regard fier, à la lecture d’« INTERSECTION » je n’ai pas décelé une minute de temps long. Suis-je réconcilié avec le genre ? Que nenni !  mais lorsqu’un bouquin est bien écrit, un amoureux de la littérature ne peut que trouver plaisir à le lire. 

Mais il n’y a pas que ça. 

    Donnez-moi une caméra digne de ce nom, des moyens, des comédiens et du temps et je suis persuadé que je tirerai de ce scénario un excellent téléfilm, en tout cas bien meilleur sans doute que les catastrophiques séries policières franco-françaises que l’on nous sert à la télé. Non pas que je sois particulièrement doué à la réalisation, mais dans ce bouquin tout est fait pour être joué, filmé, interprété, entendu, visionné. 

Je développe.

     Il y a d’abord une mise en décors « Carte postale » très agréable. Le lecteur visite Cassis et ses environs. On sent que l’auteure aime cette ville, elle sait la photographier, on s’y croirait ! Je crois même avoir entendu la mer. 

     Les personnages, qu’ils soient de premier ou de second plan, sont intéressants et attachants. Très bien construits psychologiquement, ils sont efficacement croqués et pénètrent  très vite dans le cercle réduit de nos proches. 

     C’est vrai, le couple vedette, un duo incertain de flics atypiques, semble classique : la fliquette de service est vive. C'est une jolie femme clamant sa liberté,  poursuivie par une casserole très lourde à porter malgré sa force de caractère. Tout est paradoxe ! 

  L’autre flic, ours taciturne et ronchon, (mais en en réalité bien plus bonnard qu'il n'y paraît)  promène lui aussi un passé trop pesant. OK ! J'entends les blasés me dire : "Ce scénar,  il a été vu et relu ! " On est d'accord !  mais lisez le, vous verrez c’est bien fait ! 

    Les rapports entre personnages sont prenants.  La belle histoire d’une amitié « virile » et vraie entre Starck et Audrey est touchante de vérité. Moi, Un mec et une fille qui deviennent des amis, ça me fait craquer quand c’est bien décrit… Et c’est le cas. 

Donc, des personnages qu’il serait agréable d’interpréter ou de voir évoluer physiquement sur un écran. (Là, C’est peut-être le comédien metteur en scène qui parle)

     Les dialogues sont construits et vifs. Nous avons un texte de répliques cadrant parfaitement les personnages. Lorsque l’un d’eux se confie à l'autre,, c’est à nous, lecteurs, qu’il se dévoile. Nous devenons alors des voyeurs,  témoins invisibles et muets  surprenants des échanges, des confessions, des souffrances, des peurs et des peines… On ne peut rien faire pour eux.  Lorsque cette évidence nous dérange, cela signifie que l’objectif du bouquin, nous émouvoir, nous concerner, est atteint.

Enfin, pour clore le chapitre téléfilm,  il y a de l’action, des rebondissements, pas de temps mort, des coups de théâtre… Bref ! Tout pour  faire un excellent programme de divertissement.

     Oublions le ciné ! Le non Freudien que je suis va tenter d'analyser ce bouquin. 

Le lecteur plonge dans l’histoire dès le début, avec cette envie irrésistible de tourner les pages, encore et toujours malgré l'heure qui tourne.  Ce qui est une façon de parler,  les livres que je chronique sont sur tablette. 

L’écriture est fluide, facile. Elle se boit comme un verre d’eau fraîche teintée parfois d’un sirop qui ajoute  une dose d’amertume. Sobre et de facture assez classique, elle nous permet de suivre l’enquête aisément sans chercher à nous distraire (ou à nous impressionner) à grands coups de fulgurants effets de styles bien décapants. 

Ce bouquin propose plus qu’une enquête. Des plages, savamment amenées, distillent l’approche d’autres thématiques. Au lecteur de les découvrir, s’il le souhaite… Rien n'est imposé, seulement suggéré. 

Un thème cependant, qui ne passe pas inaperçu,  traite de la solitude dorée d’une femme qui aux yeux de l’opinion publique, détient pourtant toutes les clefs d’une vie réussie. Combien sont elles à vivre cette petite mort ? Lorsque l’on gratte un peu, bien obligé de constater que tout ça n’est pas si simple et qu’il convient toujours de dépasser l’image trop lisse des apparences. 

On retrouve bien, dans toutes les études que nous propose l’auteure, l’étudiante en psy qu’elle est, ou qu’elle a été… (OK, peut être aussi dans les commentaires du chroniqueur) 

Pour conclure, je conseille la lecture de ce livre qui tire une grande partie de sa force, d'une part de ses personnages complexes, d'autre part, de la qualité de son écriture et des nombreuses sérieuses références.


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