Le clos des diablotins de Kim Chi Pho

Avec ce livre étrangement conçu, on s’embarque dans un voyage sans repère véritable, à la rencontre d’une femme instable, belle, sensuelle, attachante, libre, indignée, rebelle, perdue, en quête d’une société qui lui accorderait le droit de revendiquer cette liste de mots conjuguant cette autre mot de la langue française :  "liberté"   

Une femme aux yeux bridés, à la fois infiniment forte et puissamment fragile, une femme que l’on fantasme de rencontrer nous aussi au détour d’un square parisien. 

Une femme à  qui l’on a envie de murmurer, regard dans regard :

« Je t’ai lu et tu sais quoi ? Je t’ai aimé à travers tes lignes »

Mais l’on découvre également ce peuple, si mystérieux pour nous, qu’elle porte en elle, dans son cœur et dans ses tripes. Vous savez ? Tous ces gens que l’on croise sur nos trottoirs, tous ces anonymes qui fourmillent dans ces nombreux restaurants aux enseignes lumineuses. Tous ces gens qui ne nous ressemblent pas, dont on ne connaît pas l’histoire et que l’on confond si volontiers.

« Ils sont tous pareils ! »

J’ai si souvent entendu cette réflexion irréfléchie. On ne sait rien d’eux. Sont-ils chinois, japonais, vietnamiens, coréens, singapouriens ? Finalement, on ne fait aucune différence entre ces personnes-là… À quoi bon ? Pour nous, Occidentaux de souche, ils sont venus vendre des nems en Europe. Ça n’est pas plus compliqué que ça !  Tous sont des Asiatiques ! Des jaunes ! C’est du pareil au même… 

Ce bouquin nous explique avec une pudeur infinie, une humanité palpable, que toutes ces idées reçues sont erronées et indignes d’un peuple qui se vante d’appartenir au pays des droits de l’homme !

Se laisser aller à ces inconcevables raccourcis, c’est un peu comme si l’on affirmait en parlant de nous, européen : « Allemand/Français — Français/allemand = Bonnet blanc/blanc bonnet ! »

Il y aurait beaucoup de choses à redire à propos de cette maxime si réductrice… N’est pas ?

Chaque peuple a sa culture. Toute culture est légitime. 

Ce livre est un cri, un cri de vérité, un cri de : « j’ai eu mal et je souffre encore, même si je sais en rire » 

Un cri de : « j’ai vu et vécu plein de choses hideuses dont vous n’avez même pas idée » 

Un cri de :  « Que faisiez-vous alors qu’ils nous exterminaient ou que nous mourrions dans ces camps insalubres » 

Enfin un cri  de : « Putain ! Regardez-moi simplement avec vos yeux d'humains et voyez comme je vous ressemble ! »

Oui, ce livre, à travers ces presque nouvelles, ces destins qui se croisent,  ces chapitres parfois maladroitement ficelés, ces retours en arrière d'une craquante imprécision, liés de temps à autres de façons improbables, pourrait facilement nous donner mauvaise conscience. Celle de ne pas avoir su voir, celle aussi de continuer à ignorer la douleur de tout un peuple réduit à n’être pour certains que de simples vendeurs de produits alimentaires délicieusement exotiques.

Mais ce livre, que les situations qu'il nous raconte soient vraies, inventées de toutes pièces, inspirées d’événements vécus, est avant tout une leçon de résilience, de tolérance, de survie, de volonté et d’humanité.

Que ta peau soit jaune, noire, blanche, marron ou rouge, quand tu souffres, tu n’as que tes yeux pour pleurer, ta peine pour seule compagne et ta volonté de survivre pour te défendre. Voilà ce que clame ce livre à mes oreilles. C'est quelque chose que je savais déjà, mais il est bon parfois de s'imposer une piqure de rappel, il est bon d' ôter ses boules Quies. 

Tous les peuples de la terre, à un moment de leur histoire, ont vécu des expériences presque similaires. Fascisme, révolution sanglante, guerres civiles, massacres ethniques ou religieux, j'en passe… Pourquoi nos mémoires sont elles si courtes ? Pourquoi les flics, qu’ils soient vêtus de noir, de rouge, de vert-de-gris ou de kaki, sont-ils si brutaux face à de prétendus suspects dont le seul délit se limite à une couleur de peau différente et qu’ils ne prennent pas la peine d’écouter ou de considérer ? 

Que ma question est naïve ! 

Merci pour ce livre, Kim, je pense, si tu me le permets,  que je vais le prêter à de nombreuses personnes, à des amis bien sûr, mais aussi à des gens qui, je le pense, doivent absolument te lire afin de pouvoir espérer un jour grandir.

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