Le sang blanc de Pascal Bezard

Amateurs de rires, de détentes, de superficiels et de lectures faciles, passez votre chemin, ce bouquin, que j’intitulerais « Chroniques d’un combat » ne vous est pas destiné. La qualité principale de ce récit réside en grande partie dans l’énumération de ces mille choses dont on ne peut entrevoir l’importance lorsque l’on n’a pas vécu, approché ou tout simplement redouté plus que tout ce calvaire à la croix si lourde à porter, que nous conte l’auteur narrateur.

 L’alternative se conjugue par  deux façons d’aborder ce texte

Soit nous avons cette douloureuse impression d’avoir déjà été témoin ou entendu tout ça, presque dans les moindres détails. C’est alors une sorte de bon dans le passé. La mémoire fait si mal parfois. Le corps s’adapte, mais il n’oublie pas. Les souvenirs sont là, ils cognent souvent très fort.

Soit, l’auteur nous oblige à découvrir ce que l’on a tenté d’ignorer ou ce que l’on n’a pas su voir quand il ou elle, qu’importe, a été infesté par ce foutu crabe de maltraitance. On se dit alors, les yeux un peu humides : « Pourquoi je n’ai pas été là ? Pourquoi n’ai-je pas trouvé la force de l’accompagner, de regarder en face, de partager quelque chose. ? “ 

Ouais, pourquoi, tout simplement parce c'est pas facile ! 

On repense à cet être pourtant sincèrement  aimé que l’on a perdu de vue, le temps d’une guérison ou bien d’un traitement trop tardif. On tentait de se payer une conduite de supporter  à coups de texto ou de rapides coups de fil, si neutres, si confortables, si insuffisants. En raccrochant, on se cherchait des excuses, mais on pliait quand même sous le poids du devoir non accompli.

Ce mariage d’unité de temps et d’unité de lieu choisi par l’auteur est très efficace : on se voit avant, on se voit pendant, mais comme celui qui raconte,  on ne peut se deviner après.  On ne sait pas. On survit, on attend. On n’espère même plus vraiment, on lit en subissant, comme l’auteur a subi en combattant.

Le style est souvent télégraphique, un peu trop parfois. Même si l’auteur prétend ne pas avoir tenu de journal au jour, le jour, c’en est un qu’il nous propose.

‘Le sang blanc’ ce sont des chroniques, touchantes, vraies, douloureuses de vérités, sans détour ni complaisance. Sans romance… Une diarrhée, reste une diarrhée… Quand un homme est malade, il l’est vraiment. Il nous faire rire de ça, de lui. Autodérision, chapeau bas Monsieur !

 À l’instar du ‘héros’ malgré lui, on s’accroche aux fragiles petits moments de bonheur, de répits, de joies éphémères. Comme l’auteur, on aime Lola, on ne peut que l’aimer… En fait, c’est elle l’héroïne. Que deviendrait-on sans ses attentions ? Sans sa merveilleuse présence.  On s’accroche à cette femme comme à une bouée qui nous tiendrait la tête hors de l’eau. C’est elle l’espoir. Vous savez, cette fameuse lumière au bout du tunnel qui nous permet d’encore et encore avancer.

L’écriture est nerveuse et très juste. À la façon d’éclaboussures glacées que l’on nous jette au visage, elle nous secoue. Elle nous bouscule en nous remuant les tripes. On est avec les personnages, dans leur intimité, presque dans leur être. Ça fait mal la souffrance des autres !

Mortifère ? Non, l’humour est bien là, pudique. Un humour construit sur le second degré de ce regard presque détaché contemplant l’ironie pathétique d’une histoire déjà révolue.

Alors on sourit… Un peu. Ça fait du bien. Ça repose, ça soulage.

Cette chronique d’un combat se veut si complète que, de temps à autre, elle oublie l’histoire. On se surprend à survoler des situations un peu comme l’on prendrait connaissance d’un état des lieux trop développé. On voudrait tant rencontrer les personnages, leur donner un visage, les reconnaître…

C’est vrai j’aurais aimé que quelques pages supplémentaires leur soient dédiées. Ils le méritent tant !

Lisez ce livre. Il est ce que l’humain devient quand son corps l’abandonne. Un esprit vibrant, toujours vivant, jusqu’à la dernière seconde. Il nous rabâche qu’il faut encore et sans relâche se battre. Si rien n’est gagné, on n’a pas le droit de partir perdant. Comme le dit ce proverbe pas si stupide qu’il en a l’air : « Quelques secondes avant sa mort, il était encore en vie ! » Malade mon ami ou malade inconnu, vis encore ! Je ne t’ai pas connu ! 

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