Les sept pierres de vie de Forence Jouniaux

     Si l’on me demande : « Alors, tu t’es bien baladé avec le bouquin de Dame Jouniaux. » Je répondrai sans nul doute par une tirade de ce style : « Baladé ? Ah non, c’est un peu court jeune homme, l’on pouvait dire à propos de ce livre bien des choses en somme !  Périple, odyssée, voyage initiatique… Mariage de saveurs ! » Oui, ces termes conviennent à l’œuvre. Cet univers est un savant florilège de réalisme rural parsemé d’allusions magiques ou fantastiques :

     D’un côté, nous avons les gens simples, ceux de cette terre que l’on cultive, ceux de cette  mer que l’on affronte, ceux pour qui, trouver de quoi s’alimenter, constitue la principale et presque unique quête journalière, ceux qui savent partager la soupe, le peu et même parfois le rien.

Certes ! Tous ces personnages, accueillants, plutôt bon enfant et hospitaliers, cheminent bien loin des préoccupations de Martin, même s’ils les comprennent plus ou moins. Pourtant, ils possèdent ce quelque chose qui en fait des individus à part.

     Donc, sur ces fresques presque peintes aux couleurs des mots de l’auteure, nous avons pour toile de fond la description des métiers d’autrefois, celle du bon vin qui tache et qui rassemble, celle des bars à marins où les matelots s’enivrent, celle des odeurs, qu’elles soient agréables ou bien fétides. Bref, tout un monde qu’un pèlerin solitaire de la fin du Moyen Âge pouvait sans doute découvrir au fils de ses pérégrinations.

     Pas beaucoup de méchants dans cette histoire. C’est presque même “voyage au pays des gentils” peut-être le sont-ils trop parfois, gentils. Tous rivalisent d’amabilité accueillante. Irais-je jusqu’à dire que le schéma “rencontre, méfiance, entraide puis amitié” se répète de façon un peu trop systématique ? Je ne me le permettrai pas. Cependant, au cours d’un tel périple initiatique, plutôt que sympathiques et aidantes rencontres, on pourrait s’attendre à ce que le voyageur se trouve confronté à des épreuves ou nouvelles expériences qui, tout en jouant avec nos nerfs de lecteurs, lui permettraient de progresser dans sa recherche de lui-même. Cependant, par d’habiles allusions, on devine que maux, souffrances et âmes sombres ne sont pas très loin.

L’auteur d’ailleurs, en faisant le choix de ne distiller magie et sorcellerie que par de brèves évocations, respecte et illustre parfaitement l’amnésie de son héros. En tant que narratrice, elle ne pouvait en savoir plus que son personnage. Nous avançons avec Martin dans cet inconnu qu’il explore, nous découvrant comme lui, au fil de l’histoire, de nouveaux pouvoirs mal maîtrisés.

     J’ai été séduit par ce monde rural, moyenâgeux, sans épées ni chevaliers. Par la belle plume de la Dame, par ces décors si évocateurs, par cette galerie de personnages. C’est une belle épopée, haute en couleur et en bruits, qui donne l’irrésistible envie de poursuivre le chemin auprès du mystérieux Martin que l’on aimerait compter dans le cercle restreint de ses amis !

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