Tuer n'est pas vivre de Charlotte Adam

Petit avant-propos en forme d’avertissement… Je dois être l’un des rares, malgré mon admiration sans borne pour le trio Al Pacino, Marlon Brando, et Robert De Niro, à n’avoir jamais pu regarder un seul des volets de la saga du parrain dans son intégralité  sans zapper… Oui, je l’avoue les yeux baissés ! Les histoires de mafiosos ritals  fleurant bon l’accent corse à cause du doublage, de pieuses familles siciliennes cultivant le sens de l’honneur à coups de calibres,  de fliingueries : « en veux-tu en voilà attends seulement que je recharge mon parabellum »  et autre camarillas dézingueuses spécialisées dans la production  de cadavres à tour de bras,   ne m’ont jamais emballé.  En fait, les histoires de gangsters, qu’ils soient de Chicago ou de Palerme, m’ennuient.  A chacun sa tasse de Grappa !

Tout ça pour dire que « Tuer n’est pas vivre » en rejoignant ma PAL, se payait avec votre serviteur le luxe  d’un sacré handicap.

 Ne tremble pas de tous tes membres Dame Charlotte Adam, auteure du livre sur la sellette,  je ne vais pas casser ton bouquin de toute ma hargne de lecteur inassouvi  en développant une impitoyable chronique à charge…

En fait, bien au contraire. Ce sera presque un plaidoyer.  

Il se passe des choses bizarres.

Lisant cette œuvre dans le berceau même de la Cosa Nostra, c’est-à-dire en Sicile, dégustant chaque jour les plats locaux que l’auteure nous dépeint avec tant de ferveurs, rencontrant des personnes dont les prénoms se mélangent avec ceux du romans, croisant des caractères et des façons de parler que j’ai identifié comme étant ceux des personnages du récit, j’ai perçu ce dernier d’une façon différente. Comme si je le vivais de l’intérieur alors qu’il se déroule à New York.

On appelle ça une ambiance.

Bien sûr les personnages sont un peu stéréotypés… Nous avons dans l’ordre d’apparitions :

-         Le beau ténébreux bruns aux cheveux noirs et drus, implacable au regard d’acier, au sang-froid amphibien, aussi solitaire qu’un lonesome cowboy qui défouraille plus vite que son ombre.

-          La jeune file en détresse, italienne jusqu’au bout de ses ongles vernis, belle comme un soleil de Sicile, agressive comme une vipère de Toscane mais qui, tout en demeurant la petite fille aux yeux du beau gosse cité plus haut qui en a vu d’autres, est tout à fait capable de buter son prochain s’il commet l’erreur de lui manquer  de respect,  

-         Le papa de la précédente, plus « Don Vito » que simple restaurateur, faussement jovial mais carrément dangereux, dont le seul point faible se résume à une fille désirable et téméraire, avec toute une clique d’hommes de main à sa botte, qu’il vaut mieux avoir pour ami que pour ennemi si on veut éviter une bastos dans la tempe droite.

    Et pour assaisonner ce beau trio, tout un panel de vilains pas beaux psychopathes, tueurs, portes flingue, indics, putes, dealeurs, trafiquants et autres joyeux lurons dont les activité premières consistent à se massacrer, à se doubler, à se trahir, j’en passe et des plus inavouables.

Bref ! Rien que du classique vu et relu… Et pourtant la mayonnaise prend. J’ai lu ce bouquin presque d’une traite… Je m’y suis intéressé et j’y ai même pris du plaisir.

Charlotte sait de quoi elle parle et elle en parle bien. Qu’elle nous dépeigne la cuisine italienne, les flingues et leurs caractéristiques. Qu’elle nous décrive  les endroits sordides et glauques. Qu’elle partage avec nous  les émotions ressenties par tel ou tel personnages, la détresse du tueur conscient d’avoir loupé quelque chose dans sa vie, la peur viscérale de la jeune fille qui se la joue héroïne de manga mais qui craque en secret parce que c’est trop dur à vivre cette violence, que l’on soit fille de gangster ou cible anonyme… Qu’elle nous conte tout ça et le reste, elle le fait bien, avec méthode, avec détails, avec humour parfois… Et avec une sorte de second degré, voulu ou non voulu, qui nous prévient : « Oui, je donne dans le cliché, je m’amuse avec ça, c’est presque un hommage à un genre que j’affectionne, je le fais exprès, alors ne boudez pas votre désir de jouer avec moi »

Quand on a cerné ce petit préambule discrètement annoncé, on peut se donner le plaisir de lire entre certaines lignes, tout en appréciant l’écriture, simple, nerveuse, précise et efficace.

Ça n’a rien d’un film italien, long de palabres à cent mots à l’heure qui n’en finissent plus. C’est nerveux comme une bonne série américaine, avec juste ce qu’il faut du flegme d’une série anglaise.

Donc j’ai passé un agréable moment, étendu sur un hamac, face à la mer sicilienne, mais rageant contre ce cliffhanger que l’auteure nous impose.

A bientôt donc, pour voir si vivre, c’est simplement ne plus tuer.

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