En 1985, j'ai 25 ans. Je décide de larguer ma vie de conseiller juridique. J'achète une ferme, des chèvres, quelques hectares. Puis, écoutant pousser mes cheveux,  je me lance dans l'élevage caprin. C'est auprès de paysans à la retraite que je vais apprendre mon métier de chevrier. Faire les foins à la faux avant de tasser l'herbe sèche en vrac, parcourir les maquis pour permettre à mes bêtes à cornes de se gaver de fleurs sauvages et acacias, traire à la main, élever mon chien de berger, mouler mes fromages à l'ancienne, faire mon pain, couper mon propre bois de chauffage… Bref ! Vivre presque en autarcie, aidé par quelques outils démodés.. Ces gestes d'avant, ce sont les anciens qui vont me les enseigner. "Glaude" "Toine" et les autres, étaient d'une autre époque. Ils se foutaient de moi, parfois. Dans le sud, ils m'auraient sans doute surnommé "Le grand fada". Mais ils m'aimaient bien, je crois. Ils me racontaient leur passé, leur vie simple de gens de la terre.  Aujourd'hui, ils ne sont plus là. Leurs modestes exploitations sont devenues maisons de vacances,  habitations "plaquo-platrées" de citadins ou méchants tas de pierre. Je suis conscient d'avoir été le témoin privilégié d'une époque charnière, une époque qui n'existe plus. 

     Dans mon ouvrage à venir : "Cahiers d'un chevrier qui venait de la ville" je proposerai sous forme de courtes nouvelles, un condensé haut en couleur de toutes ces rencontres,  anecdotes et expériences  que j'ai eu la chance de croiser. 


Cahiers d'un chevrier qui venait de la ville



Mon pays était beau, d'une beauté sauvage

Et l'homme et le cheval, et le bois et l'outil

vivaient en harmonie, jusqu'à ce grand saccage, 

personne ne peut plus simplement vivre ici. (Jean Ferrat) 

                                                                                                                                                                         



Le prologue


     Le monde change, nous n’y pouvons rien. Dépassés par un progrès qui a pris le relais de nos volontés, nous n’avons plus qu’à subir… Peut-être à espérer. 

     Mais davantage que les bouleversements qui modifient la planète, ce sont les petits détails qui marquent le plus les acteurs involontaires que nous sommes d’une époque frontière. Ce sont les anecdotes, ces mille histoires de rien qui écrivent la vie et la mémoire d’un village. De modestes aventures qui, le soir, animent les conversations entre amis réunis. Voici une galerie de portraits, une galerie sans célébrité, une galerie toute simple composée de gens simples. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement volontaire… Elles existent toutes ! 

     Les situations tantôt cocasses, parfois dramatiques dans lesquelles elles se débattent sont également réelles. C’est à ces anonymes que je dédie ces nouvelles. À tous ces braves gens qui, sans le savoir, avec leurs mots à eux, m’ont raconté leur vie, leurs peurs, leurs espoirs et leurs doutes. Vindicatifs, doux, durs, tendres, sévères, coléreux, drôles ou effacés, ils ont tant de choses à dires.  


 
 
 
 
 
 
 
 



 
 
 
 
 

 

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